Sur les traces de l'Aubrac Express

 

Essentiellement construite pour l'acheminement du charbon et des vins languedociens vers la capitale, la ligne Béziers - Neussargues fut ouverte progressivement entre 1858 et 1888 par la Compagnie des Chemins de Fer du Midi.   Aujourd'hui entièrement à voie unique, la ligne des Causses longue de 277km, fut prévue à double voie sur certaines sections même si la seconde voie ne fut pas forcément posée. Son statut de ligne mythique est dû ,outre les paysages traversés, à ses nombreuses courbes dont le rayon tombe à 270m pour certaines, à ses rampes qui atteignent  33 ‰ ainsi que pour ses nombreux tunnels et viaducs dont le plus connu est celui de Garabit, construit par G. Eiffel. Précurseur de l'électrification de ses lignes, la Cie du Midi pose la caténaire 1500V continu en 1931-32 avec sur certains tronçons les portiques en ogives si caractéristiques.

 
Tournemire - Roquefort - PK 524,584 Le BV coté cour Le BV coté voies L'ancienne  halle
 

En partant de Béziers, la voie emprunte la vallée du Libron et quitte la plaine languedocienne à Laurens pour les monts de Faugères. Quelques kilomètres après Laurens, on distingue sur la droite, les traces de la ligne vers Pézenas et Montpellier. On traverse le tunnel de Pétafy (le plus long du parcours 1861m) avant de rejoindre la vallée de l'Orb et d'atteindre Bédarieux. De Bédarieux, partaient autrefois plusieurs lignes dont celle vers Lamalou et Castres, sur laquelle circula pendant quelque temps un train touristique. Une dizaine de kilomètres plus loin, on arrive au Bousquet d'Orb, autrefois gare qui connaissait un trafic important, d'où était expédiées des rames de bauxite et de charbon extraits des mines voisines. Puis c'est l'ascension des Monts d'Orb juste avant le passage d'Hérault en Aveyron où l'on entame la traversée du plateau du Larzac.

 
Le foyer Le château d'eau Tournemire - Roquefort: BB 8630 Tournemire - Roquefort: Z27537/8
 

On longe l'ancienne antenne de St-Affrique sur quelques centaines de mètres, avant d'entrer en gare de Tournemire-Roquefort d'où partait également la ligne vers Le Vigan. Ouverte en 1896, cette ligne fut fermée aux voyageurs en 1939 et aux marchandises dans les années 50 puis déferrée. Prés de 25 ans plus tard, l'Armée décide d'agrandir le camp du Larzac et de poser de nouveaux rails. Mais tout s'arrête en 1981 et la voie qui n'aura jamais servi est actuellement utilisée par des vélorails. Cette gare hébergea également pendant quelques années, l'autorail Picasso X3994, arborant sur ses flancs le papillon d'un fabricant de roquefort, et qui aurait dû circuler sur la ligne du Larzac.

 
 

Ste Rome de Cernon - PK 531,724

Le viaduc de Millau depuis le train    
 

On laisse Roquefort et ses caves sur la gauche et à partir de St Rome de Cernon, la ligne des Causses suit  le cours du Cernon,  puis s'engage ensuite dans la vallée du Tarn,passe sous le viaduc de l'A75, avant de traverser Millau et Aguessac, célèbre pour les bouchons sur la RN9 avant la construction de l'A75 et du viaduc. A Aguessac débute la rampe la plus longue (15kms) et la plus raide (33‰) qui nous amène à Engayresque (Alt: 839m) avant de redescendre sur Séverac le Château d'où se détache la ligne de Rodez.

 
Millau - PK 549,368 Millau: BB 8630 Millau: draisine DU84 Millau: Z27537/8
 

La voie traverse le Causse de Séverac avant de rejoindre le département de la Lozère et la vallée du Lot que l'on quitte à Le Monastier où s'embranche la ligne vers Mende. Après Marvejols, la ligne longe les Monts d'Aubrac et après St-Chély d'Apcher elle  traverse les montagnes de la Margeride. La ligne atteint son point culminant à Arcomie (1053m) juste avant d'entrer dans le département du Cantal et  de traverser dans la foulée La Truyère sur le viaduc de Garabit. Après avoir franchi  la Planèze et  St-Flour, il ne reste qu'une vingtaine de kilomètres avant d'entrer en gare de Neussarges où convergent les lignes d'Aurillac, Bort les Orgues et Clermont-Ferrand mais en traction diesel.

 
 
La rotonde d'Aguessac  - PK 555,474 Le BV de Séverac - PK 579,559 Séverac: BB 8630 Séverac: BB 8630
 

Après avoir connu les BB Midi (4100, 4200, ...) ,les BB 8100 puis les BB 9600, la ligne des Causses voit aujourd'hui passer les BB 8500 qui assurent l'ex-Aubrac: les BB8518 En Voyage, 8630 Fret et 8623 multiservices de Toulouse dédiés exclusivement à ce service ainsi que quelques voitures corail. Les TER sont pris en charge par des Z2 (elles ont remplacées les Z7100) et par les nouveaux AGC Z 27500, X76500, B81500 et 82500. Quelques-uns sont assurés en RRR avec BB 8500. Pour les lignes en traction autonome rayonnantes par des X 73500 et 72500 remplaçant  progressivement les X2100, 2200 et les défunts X2800. La rame de coils pour St Chély est tractée par des BB 67400 depuis Clermont-Ferrand mais des CC 72000 ont également assuré ce service. Des BB 66000 se chargent des trains de travaux ou du train désherbeur..

A l'occasion de trains spéciaux, des engins aujourd'hui sauvegardés ont emprunté la ligne des Causses: X2403 de l'ABFC, la CC7102, X4200 de l'Agrivap ou encore la CC 6570 de l'APCC.

 
La sous-station de Séverac L'ancienne remise Les voies vers Millau Séverac: Z27537/8
 

Mis en circulation en 1982, "l'Aubrac" connaît le succès: sa composition de base est de 6 voitures avec voiture discothèque. Mais la concurrence routière érode sa fréquentation, surtout en dessous de Neussargues. Si bien que "Le Parisien", son homologue de nuit, direct Paris-Clermont-Millau-Béziers, immortalisé par JJ Beinex dans "37,2 le matin", fut supprimé fin 2003. L'ouverture de l'autoroute gratuite A75 portera un coup supplémentaire au trafic de la ligne: "l'Aubrac" perd son nom de baptême la même année et sera limité à partir de 2007 à un Clermont-Béziers avec correspondance à Clermont-Ferrand de et vers Paris. C'est le seul train à effectuer la relation dans son intégralité. En 2010, la rame tractée devrait être remplacée par des X-TER 72500 tricaisses. Les régions Auvergne, Midi-Pyrénées et Languedoc-Rousillon se partagent le trafic TER sans cohérence dans les horaires au bénéfice des autocars. Coté fret, il ne reste guère que les trains de desserte de l'aciérie de St Chély d'Apcher. Le projet d'itinéraire de délestage fret projeté pendant un temps, sera abandonné.  Les temps de parcours s'allongent: l'entretien réduit, le mauvais état de la voie, la faiblesse de la caténaire, la fatigue des ouvrages d'art engendrent des réductions de vitesse et des fermetures provisoires. Courant 2009, il sera même envisagé de démonter la caténaire, mais devant le coût de l'opération et un refus politique, le projet avorte, mais pour combien de temps encore...

 

RETOUR